Presentation



La nature a horreur du vide dit-on. Patrick Maliet du Jardin d'Anthémis applique l'adage populaire à la lettre. Ou plutôt à la bêche et à la binette, en plantant moutarde, orties, consoude et autres « engrais verts » naturels pour enrichir cette terre de Sologne réputée si pauvre. Ici, en bordure de route de Marcilly, à Millançay, le maraîchage biologique est une véritable philosophie. L'état d'esprit d'un homme qui le pratique depuis 1977. « A l'époque, j'étais stagiaire à la Ferme de Sainte-Marthe, juste à côté», retrace Patrick Maliet qui a attendu 2011 pour s'installer à son propre compte, même côté de la route de Marcilly, mais un peu plus loin.

" Plus elle travaille plus elle s'enrichit "

Ce matin-là, avec Thibault Crumelle, ancien opticien en reconversion, il est occupé à charger des caisses de concombres, épinards et autres légumes de saison dans la camionnette qui les transportera vers le groupement des Paniers bio du Val de Loire, pour être ensuite distribués à plusieurs Amap d'Ile-de-France, dont celle de Radio France. La dernière récolte de concombres à peine terminée, les jeunes pousses seront semées, sans attendre.
Sa recette : « l'optimisation ».« La terre, plus elle travaille, plus elle s'enrichit», sait bien Patrick Maliet, qui a d'ailleurs toujours une expérimentation sur le feu. Le mulch, une pratique de conservation, actuellement, sous serre. Une bâche blanche posée sur le sol devrait permettre de gagner en lumière. Plus loin, c'est un système de phytoépuration des eaux grises qui a été installé. Quant aux quelques filets posés sur les rangées de légumes du Jardin d'Anthémis, ils permettront d'éviter les attaques malvenues. « En bio on n'a pas tellement d'outils pour lutter contre les insectes.» Une évidence et aussi la nécessité de trouver les variétés de légumes les plus résistantes aux maladies.

Le bio intensif

Seuls 500 m 2des 1,2 ha de terrain du Jardin d'Anthémis sont actuellement cultivés. Le reste, planté de moutarde ou de luzerne « une légumineuse avec un enracinement profond pour ramener en surface les éléments fertilisants», précise l'agriculteur bio des premières heures, attendront plusieurs années que viennent leur tour. En faisant visiter les tunnels et serres de son exploitation, les pieds de tomates hauts de plusieurs mètres, le maraîcher de Millançay espère démontrer que biologique peut aussi s'accorder avec quantité. Lui, parvient à générer un chiffre d'affaires de 72.000 € HT. « Cela veut dire que l'on peut avoir des rendements significatifs sur une petite surface et une terre qui valait zéro au niveau agronomique.»A force de travail – non des moindres, reconnaît aussi Patrick Maliet – « aujourd'hui, ça pousse.» 40 tonnes annuelles, précisément. « Ce n'est pas encore autant qu'en agriculture conventionnelle, mais en bio, avec beaucoup de professionnalisme, on peut avoir de bons résultats.» Mais pas toujours un appui suffisant déplore, en revanche, Patrick Maliet :« Le bémol c'est que les petites structures ne sont pas reconnues par la MSA (*). Depuis que je me suis installé je n'ai pas de couverture sociale. Être petit paysan n'ouvre pas de droits.»